Afrobeat Culture Federator

MEMORIAL SEGUN DAMISA 1964-2006.

jeudi 17 juillet 2014 par Mabinuori Idowu (aka ID)

Radio Sanctuaire ! Gan ! Gan !

Nous nous souvenons aujourd’hui comme tous les autres jours de Segun Damisa. Leader du groupe afrobeat « Alkebu-lan », basé à Abuja (dissous en 2003), fondateur du groupe bordelais Afrobeat Crusaders, il est malheureusement décédé d’un cancer généralisé le 17 Juillet 2006. Nos pensées en ce jour comme tous les autres jours aussi, pour ses trois fils : Damilola, Imole et Korede et sa famille. Segun.est littéralement parlant un enfant de Kalakuta. Segun a débuté son apprentissage musical en tant que percussionniste à un très jeune âge, quand il a rejoint la communauté Kalakuta de Fela à la fin des années soixante-dix. Le temps qu’il a passé pendant son adolescence et le début de sa vie d’adulte dans l’ambiance musicale et combattive de Kalakuta a sans doute laissé une marque indélébile sur sa vie et sa carrière musicale. Il a quitté la communauté de Fela brièvement pour jouer avec King Sunny Ade au moment où le maestro de la musique de style Juju a enregistré au Nigéria ses très populaires albums "Sweet Banana" et "My Dear ". En 1986, Femi Kuti, après avoir quitté son père et le groupe « Egypte 80 », a décidé de trouver sa propre voie dans le monde musical de l’afrobeat avec la création du groupe Positive Force. Segun Damisa a rejoint ce groupe en tant que membre fondateur : c’est le début d’une carrière qui allait durer une décennie et demie.

Segun a pu ainsi jouer aux côtés de musiciens réputés dans l’industrie et voyager dans le monde entier. Il acquière ainsi l’expérience qui lui servira de force motrice pour la création de son propre groupe. A son arrivée à Bordeaux en 2004, il a fait des séries de concerts avec son groupe bordelais « Afrobeat Crusaders », dans et hors de Bordeaux et a joué en première partie des concerts du groupe afrobeat « Antibalas » de Brooklin aux Etats-Unis, En février / mars 2006 Segun avec « Afrobeat Crusaders » a enregistré un album de neuf titres au studio de Chris Birkett. Le guitariste / producteur a également joué un solo de guitare sur l’un des morceaux. Une autre vedette a apporté sa contribution à l’album, il s’agit du célèbre doyen de « Soul Makossa » et impresario Manu Dibango qui a joué du saxophone alto solo sur la chanson aids. L’album édité au début de l’année 2007, a été produit par le saxophoniste ténor du groupe, Pierre Henry Vulliard (alias Speedy) pour l’association « sciences Arts information ».

Avec le temps qui s’est écoulé depuis le moment où je l’ai accompagné dans son dernier voyage, je comprends maintenant pourquoi Segun a lutté désespérément contre la maladie qui a lentement et douloureusement emporté sa vie : l’album. Le seul moyen de le rassurer, c’était de lui promettre que nous, famille Afrobeat, ferions tout ce qui est en notre pouvoir pour perpétrer sa mémoire avec la sortie de son cadeau pour nous tous – ce bel et riche album intitulé « Nigeria Dey Cry". Tous les titres enregistrés sont des chansons composées et arrangées par Segun Damisa.

GARI, est une farine fabriquée à partir du manioc, un aliment de base du Nigéria et de la plupart des régions d’Afrique de l’Ouest. Segun nous explique que cette farine est consommée par les nigérians sous plusieurs formes accompagnées de différentes sauces. Préparée selon la tradition culinaire de chaque région, elle est également consommée avec des noix de coco, des arachides salées ou des haricots et des beignets. Il utilise le langage Pidgin, un créole anglais / yoruba ; il exhorte les dirigeants politiques et les décideurs à ne pas laisser la pauvreté gagner du terrain au point où le citoyen moyen ne peut plus se nourrir avec cet aliment de base le plus fondamental - le gari. Il dénonce l’inflation qui gangrène l’économie de la société moderne africaine et rappelle aux dirigeants l’importance de satisfaire les besoins élémentaires nécessaires à la survie du peuple.

NIGERIA Dey Cry ; Dans un système où règne la corruption et la gabegie des gouvernants, Segun rend hommage à l’esprit combattif de ses concitoyens et des africains en général. Il salue le courage d’un peuple pour survivre en face d’un système infernal. En dépit des effets pervers, issus du colonialisme, imposés à la société nigériane et aux sociétés africaines, Segun souligne la détermination de certains citoyens pour maintenir l’esprit de la tradition et des valeurs. Cette volonté pourrait passer pour de la gentillesse, de la passivité, voire de la stupidité nous dit Segun. Surtout pour les personnes endoctrinéés par la religiion qui leur fait accepter leur sort comme une prédestination.

SIDA Cette chanson musicalement enrichie par le sax solo alto de Manu Dibango, est une contribution de Segun à la sensibilisation du public sur le danger de la propagation du virus HIV sur le continent africain. Dans une population sexuellement active, il nous avertit que le virus HIV tueur ne fait pas de distinction entre le riche et le pauvre. Segun nous met en garde car que l’on vienne du quartier résidentiel riche de Ikoyi sur l’île de Lagos ou du ghetto Ojuelegba, il n’y a pas de différence. Si l’on pratique le sexe non protégé, on prend le risque d’être contaminé par le virus du Sida.

SUFFER DEY en pidgin anglais signifie qu’il y a trop de souffrance. Segun chante sur les conditions de vie ardues de la majorité des Nigérians et des Africains. Les gens travaillent dur mais n’arrivent pas à s’en sortir, à joindre les deux bouts. Ceux qui ont de l’argent peuvent à peine survivre face à l’inflation et la rareté des besoins de base. A la mauvaise gestion des ressources naturelles du pays, vient s’ajouter la difficulté de trouver un emploi. Il exprime dans le langage de la rue que « one day mokey go go market, e no go come back ». Ce qui signifie que le peuple ne pourra pas continuer à souffrir en silence sans réagir, c’est le véritable chemin vers une révolution sanglante.

ESHERE est une leçon de morale pour les gouvernants. Personne n’est indispensable dans ce monde quelque soit son statut et sa position sociale. Il conseille aux dirigeants de gérer le pays avec justice car leur pouvoir n’est pas éternel. Avoir été hier ou être aujourd’hui à la tête du pays, n’empêche pas que quelqu’un, un jour ou l’autre prenne cette place. Il exhorte certains dirigeants comme George Bush, Jacques Chirac, Olusegun Obasanjo et Robert Mugabe à mener des actions bénéfiques pour le peuple, car ils seront jugés par la postérité. Que l’on soit le président ou le premier ministre, il ne faut pas oublier l’impermanence des choses et faire du bien avec le pouvoir conféré « ’eshere » en langue yoruba signifie" faire bien ".

ALAKITIJON est une chanson folklorique Yoruba qui évoque les valeurs à partager dans une communauté et de l’importance d’être vrai dans ses relations avec l’autre. Le partage est un fondement de la vie en commun qui ne peut fonctionner que dans la transparence et avec des intentions claires. Pour vivre en société il est moralement incorrect d’être à double face. L’humanité, dit un adage Yoruba, est le tissu que nous portons (eniyan ni aso mi). L’honnêteté entre les hommes constitue la richesse de la société. C’est une vérité pour tous. Segun vous demande : Est-ce vrai pour vous ?

LAILO chanson traditionnelle fondée sur la croyance en la vie après la mort, communément répandue dans la culture yoruba et pour d’autres peuples de l’Afrique. Une chanson qui incite à faire le bien dans cette vie et qui responsabilise l’homme dans ses actes. L’homme peut faire du mal dans le monde physique mais devra répondre de ses actes dans le monde spirituel qui ne lui permet plus d’être mauvais. Chris Birkett, producteur et guitariste reconnu, qui a joué et produit des artistes comme Rufus Thomas, Anne Peebles, Gene Knight, Pink Floyd et Sinead O’Cornor, a ajouté dans ce morceau son feeling rock à la guitare solo.

OJEJE est une chanson nostalgique d’un orphelin confié à une grand-mère méchante qui maltraite en permanence le pauvre enfant. Il dit en pleurant « s’il vous plaît dites à mes parents défunts que le grand igname qu’ils m’ont laissé en héritage, c’est la vieille grand-mère méchante qui a tout mangé et ne m’a laissé que des miettes. »

INTERLUDE, le dernier des neuf titres de cet album montre la dextérité de Segun en tant que percussionniste. L’écoute de ce court moment musical et de tous les titres de l’album confirment que Segun, comme je l’ai déjà indiqué, a récolté les fruits de son apprentissage chez Fela, à Kalakuta. Ce qu’on retient de Segun, au-delà de ses qualités artistiques, c’est le personnage respectueux, charmant, généreux. Toujours prêt à tendre la main à celui qui en avait besoin, parfois à son propre détriment. Son sourire chaleureux même dans les moments difficiles nous manque à jamais.

Pour écouter les chansons de Ségun voici le lien : http://www.allmusic.com/album/nigeria-dey-cry-mw0000478672

Radio Shrine ! Gan ! Gan ! S’il vous plait faites passer le message


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 341 / 88156

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site HISTOIRES AFRICAINES   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License